B. Une tour d'expérimentation scientifique

De nombreuses protestations se sont élevées dans le milieu artistique et ailleurs pendant la construction de la Tour Eiffel. Les critiques portaient surtout sur l'inutilité de la Tour. Gustave Eiffel ne restait pas indifférent à ces attaques répétitives dont il est victime et durant la campagne de présentation de sa Dame de fer il avance bon nombre d'arguments pour défendre son œuvre et son utilité scientifique. Ainsi, trois disciplines scientifiques majeurs l'aideront à démontrer cette utilité.

La première est la météorologie et ce, dès 1890 : une station est alors installée au sommet de la tour par le Bureau Central de météorologie. Elle permet la réalisation de relevés de température, de pluviosité, de direction des vents et de pressions atmosphériques. Ces travaux font l'objet de publications scientifiques encouragées entre autres par l'astronome Camille Flammarion. La spécificité des enregistrements de la Tour est qu'ils étudiaient l'air libre. Il existait en effet bien des observatoires de montagne, mais même accrochés aux plus hauts sommets, ils restaient près du sol. Grâce à la Tour on a ainsi pu comparer des températures, la direction et la force des courants atmosphériques régnant en des points d'altitudes différentes.

Station posée dans les hateurs de la Tour

 

 

Vient ensuite le domaine de l'aérodynamique auquel G. Eiffel apporte, grâce à sa tour, une contribution importante à ce phénomène encore mal connu à la fin du XIXè siècle. En 1904, Eiffel, en reprenant les travaux du physicien Louis Cailletet, va mener toute une série d'expérience sur la chute des corps lourds et étudier leur résistance à l'air. L'ingénieur faisait glisser, le long d'un cable vertical suspendu à la seconde plate-forme, des poids aux surfaces variées. Il poursuit ses recherches grâce à sa soufflerie, la première vraiment opérationnelle à l'époque, installée au pied de la tour puis,  à partir de 1912 dans son laboratoire situé à Paris. Travaillant surtout sur les profils des ailes et des hélices, il fit depuis la Tour et en cinq ans plus de 5 000 essais. Ses travaux contribuèrent de manière décisive au développement de l'aéronautique expérimentale. Pierre Etienne Flandrin, sous-secrétaire d'Etat dans ce domaine déclara le 28 novembre 1922 : « C'est au grand français auquel on ne rendra jamais assez hommage, M. Eiffel qui, le premier, par ses travaux scientifiques, par le premier laboratoire aérodynamique qu'il a organisé à ses frais, a fixé dans le monde entier les règles de l'aéronautique. ».

Gustave Eiffel et son "appareil de chute", qui permettait de déterminer la résistance à l'avancement de corps simples.

 

Mais c'est en 1909 que la Tour fut vraiment sauvée de la démolition, grâce au lancement de la télégraphie sans fil, nommée T.S.F.En 1903, le capitaine Gustave Ferrié, cherche à établir un réseau télégraphique sans fil, sans le financement de l'Armée qui ne le soutient pas dans la mesure où elle privilégie à cette époque les signaux optiques et les pigeons voyageurs, jugés plus fiables. Malgré ce contexte et alors que la T.S.F. n'en est qu'à ses balbutiements, Gustave Eiffel soutient à ses frais le projet du capitaine en acceptant qu'il installe une antenne au sommet de sa tour. L'expérience se révèlera un succès et on sait maintenant à quel point il s'agissait d'une technologie d'avenir.

Une des premières laisons téléphoniques san fil, entre la Tour Eiffel et le Panthéon (quatre kilomètres)

 

 Dès 1907, la T.S.F. porte jusqu'à Bizerte (en Tunisie), peu après jusqu'en Amérique et en 1912, soit neuf ans après son installation, elle émet dans le monde entier. Ce succès, bientôt considéré comme stratégique, sera l'élément majeur qui permettra à la tour Eiffel d'être conservée et de voir sa concession prorogée de soixante-dix ans, à partir du 1er janvier 1910. Quatre ans plus tard, l'antenne installée sur la tour va se révéler décisive puisqu'elle permettra de capter le « radiogramme de la victoire » et de déjouer l'attaque allemande sur la Marne.

Ce qui était dans un premier temps un réseau de T.S.F. à usage strictement militaire va basculer vers un usage civil à partir des années 1920. En effet, à partir de 1921, des programmes radio sont régulièrement diffusés depuis la tour Eiffel. Radio Tour Eiffel, bien connue des parisiens, sera officiellement inaugurée le 6 février 1922. Elle diffusera de la musique, des chroniques, et un « journal parlé ».

Le sommet de la Tour Eiffel a ainsi été modifié au fil des ans, pour pouvoir accueillir des antennes toujours plus nombreuses. Il supporte aujourd'hui plusieurs dizaines d'antennes de toutes sortes, dont un mât de télévision qui culmine à 324 mètres. Les premiers essais de télévision à partir de la Tour datent de 1925 et les premières émissions régulières de 1935.

En convertissant la Tour en un lieu d'expérimentation scientifique et de défense nationale, Gustave Eiffel renforce ses positions face à tous ceux qui la jugent inutile et assure surtout la pérennité de sa Dame de fer...

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